Archives – Les convictions d’un sénonais

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(article paru dans Yonne Magazine Y.R.)

A l’occasion de la sortie de son ouvrage, Les jours redoutables, Israël-Palestine : la paix dans mille ans (Ed. Denoël), Jean-Luc Allouche, correspondant du journal Libération à Jérusalem de 2002 à 2005, a accueilli les lecteurs à la bibliothèque de Courlon-sur-Yonne samedi 6 mars pour une rencontre-dédicace. Aujourd’hui préretraité, enseignant le journalisme culturel à Paris III, pigiste et traducteur, Jean-Luc Allouche est conseiller municipal à Courlon, son village d’adoption depuis 1986.
Pendant son séjour à Jérusalem, il a couvert les événements de la seconde intifada, dans les deux camps, israélien et palestinien. Il pratique le français, l’arabe, l’hébreu, connaît les cultures arabe et juive, qui lui « permettent, comme les claviers d’un orgue, d’obtenir une harmonie ». Les émotions de ce fervent partisan de la paix sont intenses lors des accords de Camp David et d’Oslo. Sur le terrain, il quadrille, regarde, investigue.

Raconter les gens
En Israël, terre connue, reposent ses ancêtres. Il pénètre en Palestine et à Gaza pour la première fois depuis trente ans, la peur au ventre, là « où il avait renoncé à se rendre parce que les siens y dominent un autre peuple ». Il s’immerge dans la vie quotidienne, passe au peigne fin l’âme des Israéliens et des Palestiniens de tous milieux et de tous bords. Il rencontre « des gens formidables, émouvants, drôles et malheureux, deux peuples maudits par trop de mémoires chacun ».
« On ne peut pas faire abstraction de la politique, mais ces deux populations qui ont connu des relations de voisinage, se ressemblent. Cependant ils ne se font confiance ni les uns, ni les autres. C’est cela que j’appelle le paradoxe » dit-il. Revenu avec un sentiment d’absurdité extrême et la conviction qu’il faut deux états, Jean-Luc écrit un livre « qui n’est pas politique, mais qui essaye de faire tomber les clichés ».
Il veut aujourd’hui « élargir le cadre » à l’encontre du spectaculaire et de l’idéologique, « raconter les gens ». D’une plume alerte, Jean-Luc restitue dans un document dense, précis et méthodique, une foule d’événements, les ressentis des uns et des autres. Il est heureux lorsque pro-palestiniens ou pro-israéliens avouent que son livre leur « a ouvert les yeux ». C’est précisément cela qu’il vise : « que les deux camps ne se voient pas comme des diables ». « Ni curé, ni rabbin », le journaliste dresse « un constat d’huissier », Jean-Luc conclut : « j’y ai actuellement cru ! Je ne suis ni désespéré, ni déçu, c’est comme ça ! ». Et de citer Raymond Aron en écho au titre de son livre : « il faut s’habituer à ce qu’il y ait des problèmes sans solution et des questions sans réponse ».

Les coopératives scolaires des écoles maternelle et primaire de Courlon tiennent à remercier Jean-Luc Allouche pour le reversement du produit de la vente des livres de cette dédicace.