Archives – Extrait du discours de Jean-Jacques Percheminier le 9 janvier 2015

Archives » Extrait du discours de Jean-Jacques Percheminier le 9 janvier 2015

Notre traditionnelle cérémonie des vœux revêt ce soir, vous l’imaginez, un aspect tout particulier. L’effroyable massacre perpétré à Charlie Hebdo a suscité une intense émotion, un sentiment profond de dégoût contre un acte barbare qui a tué dessinateurs et collaborateurs du journal, un agent d’entretien, deux policiers et blessé 11 autres personnes. On sait ce qu’il en suivit.
Spontanément des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, un deuil national a été décrété, les drapeaux mis en berne, les écoliers et collégiens sensibilisés, écoutés, et les déclarations ont été unanimes pour condamner ces assassinats. Chacun a senti, la stupeur passée, que les valeurs pour lesquelles nos aïeux ont combattu et péri étaient atteintes en plein cœur. Chacun a bien perçu le danger profond d’une telle situation intervenant dans notre société en métamorphose, en souffrance, minée par une perte de repères idéologiques, politiques et moraux. Périlleux moment puisque, comme on le dit, « pendant la mue, le serpent est aveugle»…

La faiblesse pas plus que la facilité ne pourront conjurer le danger. Et le message que je veux porter ce soir est celui-ci : ni la peur, ni la haine ne constituent l’amorce d’une solution. Combattre la barbarie commence par le refus d’abandonner nos valeurs. La liberté est visée : défendons-la, donnons-lui plus de force, déployons-la mieux encore.
Liberté de la presse, liberté de pensée et de conscience, liberté de religion puisqu’en effet la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes… Liberté en entier. Et fermeté à l’encontre des propos et actes terroristes. Céder à la peur, en rabattre sur nos exigences démocratiques serait tomber dans un piège redoutable. Ce serait reconnaître nous même que nos ennemis ont gagné en entrant sur leur terrain. Ne leur faisons pas ce cadeau.
Voilà pourquoi nous sommes rassemblés ce soir, dans l’émotion et la dignité, alors que les événements viennent d’atteindre leur dénouement. Vous comprendrez que je vous propose d’observer une minute de recueillement.